De la l’attraction à la posture de yoga.

Par Magali B Darier
Comme l’écrit si bien, Steve Paxton dans son livre Gravity aux éditions Contredanse:
« La naissance ne constitue pas tant un commencement qu’un changement abrupt, un bouleversement des conditions offertes dans l’utérus, et il y a la gravité »
Et oui, d’un coup on découvre le poids, celui de son corps avec cette forte et lourde attraction vers la terre: la gravité. Depuis ce changement de milieu, de l’utérus au plancher des vaches, nous développons notre rapport au mouvement , nous avons rampé, et de manières différentes selon les âges, roulé, fait du 4 pattes, toujours poussés par une irrésistible envie de découverte et de conquêtes.
Réflexions
Notre éducation au mouvement est totalement dépendante de notre rapport à l’environnement, dans le sens de tout ce qui nous entoure. Vous êtes-vous déjà posé la question, du rapport entre mouvement et environnement ? Chacune de nos actions est fruit de cette relation, nous ne bougeons pas seul, que ce qui nous entoure n’est pas juste un décors mais fait parti intégrante de ce qui nous permet de sentir, de réfléchir, d’agir.



Mais ici, je voudrais décrire l’importance de la présence et de la relation qu’on entretient avec le sol, le poids, la gravité dans nos postures de yoga.
Et si prendre une posture de yoga était un jeu continu avec les forces qui nous traversent et notamment les forces gravitationnelles, afin que nos tissus puissent en permanence s’adapter à ces nouvelles sollicitations, et ainsi vivre pleinement leurs fonctions ?
Saviez-vous que la pression exercée, par exemple sur vos articulations des genoux quand on est debout fortifie vos os, vos ligaments et tendons autrement dit vos tissus ? Tout est une question de dosage, d’écoute fine et de ne pas se précipiter. La patience et la régularité combo parfait pour la pratique du yoga.
Exemple: l’arbre,

Porter son attention sur son appui en recherche permanente de stabilité, accepter les micros-ajustements qui circulent sous le pied sans chercher à figer. Voilà comment affiner notre proprioception, et permettre aux muscles ( anti-gravitaires, mais pas que ) fascias, tendons, ligaments une meilleure fonctionnalité. Ne pas penser que les sensations qui pourraient se faire sentir au niveau du genou, soient forcement synonyme de blessure potentielle de l’articulation. En jouant avec le poids, la force, les différences de pressions entre mon pied et le sol j’apprends à discerner entre le trop et le pas assez. Tout est question de dosage et du rapport que j’entretiens avec le sol est-ce que je m’appuie, je repousse, je m’écrase, j’effleure ?
Si je viens habiter mon appui ( ici le pied qui est directement en contact avec le sol ) mais aussi la jambe juste au-dessus qui vient grâce à la tête de fémur dans l’ iliaque ( l’articulation coxo-fémorale plus communément, la hanche) et plus globalement tout le coté du corps correspondant au pied d’appui, alors je trouverais de l’aisance dans tout le corps.
Bien sûr il y a d’autres choses qui se jouent dans cette posture mais ce n’est pas l’objet de cet article.
Savoir jouer avec la gravité, pour appréhender la posture de yoga, l’āsana, l’assise n’est pas un paradoxe, bien au contraire. C’est par notre rapport au sol, à la terre et à son pouvoir d’attraction que nous pouvons bouger, marcher et découvrir notre environnement. Accepter la chute, c’est accepter le poids , c’est comprendre le mouvement comme une action toujours en relation avec le monde.
S’appuyer et se laisser porter, pour qu’émerge la posture dans une plus grande disponibilité corporelle, c’est très différent que de vouloir s’ancrer, car l’ancrage met plutôt l’accent sur une volonté d’être « dans le sol » alors que nous venons de le voir comment pourrait-il en être autrement avec la gravité ? C’est plutôt tisser du lien, s’attarder sur les sensations de mes appuis, c’est en faire toute une expédition comme un explorateur qui partirait à la découverte de nouveau territoires. La posture de yoga devient une recherche entre stabilité et mobilité, entre un subtil dosage dans mon action avec le sol, et non une ligne d’arrivée qu’il faudrait à tout prix franchir sans profiter du chemin.
Alors quelle que soit la posture de yoga, posons notre attention sur ce qui touche le sol : nos appuis; et à l’heure où le monde vacille, où nous sommes collectivement en perte de repères, porter son attention sur ce qui nous porte me parait essentiel.
Magali B Darier.