Mon approche somatique du yoga.

Par Magali B Darier
Les somatiques c’est quoi ?
Ce qu’on nomme « Pratique somatiques » ou « éducation somatiques » est un ensemble de techniques centrées sur l’apprentissage de la conscience du corps en mouvement, Le nom de « Somatic » a été donné par Thomas Hanna professeur de philosophie et théoricien du mouvement, dans les années 70. Vous connaissez peut-être certains des pionniers de ces techniques comme Feldenkrais, Alexander, le BMC body Mind Centering de Bonie Brainbridge Cohen et bien d’autres .
L’inspiration des Somatiques sur mon yoga, vient de mon parcours professionnel en danse contemporaine et plus précisément de l’AFCMD analyse fonctionnelle du corps dans le mouvement dansé d’Odile Rouquet et Hubert Godart. Une approche centrée sur l’expérience vécue, en s’appuyant sur les schèmes de mouvement de chacun, cette vision du corps et du mouvement, travaille à prévenir des situations pathogènes et préserver le corps sur du long terme.. Elle utilise autant l’anatomie fonctionnelle, la cinétique, la bio-mécanique, la neuro-physiologie que les sciences humaines et l’histoires de l’art et du yoga pour ce qui me concerne. Elle croise l’expérience sensible avec les connaissances objectives.
Mon approche
Mon yoga s’appuie donc sur l’expérience vécue, sur la conscience et l’apprentissage organique. Dans cette perspective, le yoga ne se limite pas à une série de postures ou d’exercices physiques, mais devient un espace d’exploration sensorielle, et de ré-appropriation du corps comme lieu de présence , de connaissance et d’expérience.
Une exploration consciente, attentive, où, l’écoute, est une première porte ouverte vers une autre manière de faire. S’échapper des schémas corporels habituels et se découvrir autrement, avec plus possibilité et de liberté de mouvement. Une pratique qui engage le corps, sans le séparer du mental, de l’esprit, des émotions, de son histoire, de sa construction.
Mon corps est moi plutôt que mon corps et moi Le corps devient alors un guide, un terrain d’apprentissage et de transformation.
Une réflexion sur le mouvement qui nourrie l’intelligence du mouvement *Cette capacité du corps à sentir, ressentir, réguler, équilibrer, décider, agir pour exprimer la vie qui l’anime. (*cf Laurence Jay) Une approche qui sort le yoga des chemins déjà trop empruntés, de transmission verticale, sans possibilités de questionner ni le sens, ni les méthodes employées.
Le yoga que je pratique et enseigne, repose sur l’écoute fine des sensations internes. Cette attention soutenue favorise une meilleure perception proprioceptive et intéroceptive, permettant de ressentir plus précisément les tensions, les appuis, les zones de confort ou de résistance… La posture de yoga n’est pas imposée de l’extérieur, mais émerge de l’intérieur. J’ai à coeur de partager avec mes élèves, le plaisir kinesthésique qui pour moi nous met directement en empathie avec le monde. Sthira/Sukha, est l’état recherché, héritage d’un yoga ancien, cet équilibre entre fermeté et douceur entre puissance et aisance pour laisser s’ouvrir un espace plus vaste, plus conscient, plus présent.
Je guide essentiellement à la voix pour que chaque personne puisse vivre sa propre expérience. Je ne m’interdis pas de montrer quand cela s’impose ou de décortiquer un trajet corporel si nécéssaire. J’utilise parfois le toucher (avec consentement) pour encourager ou proposer une autre possibilité.



crédit photo @Emilie Brouchon
Les changements dans le mouvement ne se font pas uniquement par des exercices moteurs volontaires et répétitifs, […] mais aussi par un travail de raffinement sensoriel ».
Sylvie Fortin – Spécialiste de l’éducation somatique
Je crois que nous avons besoin d’un yoga qui puisse réveiller nos capacités d’agir autrement, et déjà dans le cours, au coeur de la pratique nous pouvons l’expérimenter. Comment le yoga, et avec quels outils, peut proposer une autre voie que celle de l’optimisation de soi et de la course à la performance, plutôt que de rester fidèle aux modèles imposés par une société qui prône l’obligation de résultat ?
La posture de yoga ne peut se réduire à une image figée, qui s’agirait de reproduire, sinon cela voudrait dire qu’on nie l’individu, la personne, le corps qui vit l’expérience et si on ignore l’individu on ignore le collectif. Car, oui le corps et le mouvement ont un potentiel politique au sens non partisan du terme. Le yoga, comme pratique somatique et même Somactiviste ( terme emprunté à Emma Bigé) est *loin d’être une simple technique de bien -être mais il peut nourrir une autre manière d’être au monde.